INFOS MÉDECINS N° 31 – NOVEMBRE 2025

ACTUALITES

Ce mois de novembre 2025, l’actualité sociale est bien évidemment marquée par les débats autour du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), dont nous détaillons dans cette newsletter les principaux items ; si le volet recettes a été voté à une très courte majorité à l’Assemblée nationale, ainsi que la « suspension » de la réforme des retraites, après des débats houleux et des tractations plus ou moins transparentes, nul ne sait encore ce qu’il en adviendra après passage au Sénat et retour à l’Assemblée ; si l’usage du 49.3 a été annoncé écarté, celui d’une application
par ordonnance reste toujours possible ; de nombreuses mobilisations ont eu lieu, de la part des syndicats, des partis, des associations, et des personnels de santé ; une seule chose est sûre : le gouvernement actuel semble décider à continuer la politique de casse du système public de santé que les précédents ont scrupuleusement, l’un après l’autre, appliqué à l’hôpital public en pérennisant un sous-financement désormais fatal ; une occasion aussi de rappeler, comme nous le faisons ci-dessous, l’histoire de la Sécurité Sociale et de son financement, dont le PLFSS est déjà une perversion. Et de rappeler que sous le vocable facile de « dette de la Sécurité Sociale » se cachent plus de 70 milliards d’euros annuels d’exonérations de cotisations sans contrepartie (« grand détournement des finances publiques » que dénoncent les journalistes Caroline MichelAguirre et Matthieu Aron dans leur livre-enquête récent), et l’affectation intégrale à la Sécu des frais liés à la pandémie COVID (136 milliards d’euros sur dix ans par l’intermédiaire de la cotisation CRDS).

En 2024, le montant total des dépassements d’honoraires a été de 4,5 milliards d’euros (95 % pour les seuls médecins spécialistes). Depuis dix ans, ce montant augmente de 5 % par an, 56 % des spécialistes sont désormais en secteur 2, et le taux de dépassement ne cesse d’augmenter.

Cependant, la taxation des dépassements, proposée par amendement dans le PLFSS, a été repoussée par une majorité de députés. Les assurés, qui luttent déjà contre une désertification médicale croissante (87 % du territoire), doivent désormais faire face à une augmentation quasi-inévitable de leur reste à charge, qu’elle provienne du médecin, ou de la cotisation à leur assurance-maladie complémentaire. Et ce n’est pas l’annonce médiatisée par le ministère de la Santé de la création de maisons « France santé » (qui ne sont rien d’autre que les maisons de santé pluriprofessionnelles déjà existantes, sans financement supplémentaire) qui fera surgir là où on en a besoin des professionnels de santé à tarif accessible. Ce dont nous avons besoin, c’est un
financement des structures hospitalières et des Centres de Santé à hauteur des besoins de santé de nos territoires.

La financiarisation du système de santé est bien connue désormais dans les secteurs de la biologie et de la radiologie ; la Sécurité Sociale le signale dans son rapport annuel, et jusqu’au CNOM qui s’en inquiète : des fonds d’investissement privés prennent progressivement le contrôle de structures de soins, en s’affranchissant par des montages peu transparents des limitations de la loi de 1990, imposant la concentration des structures et les nécessités d’une rentabilité à court terme, qui semble peu compatible avec l’indépendance des médecins comme avec les intérêts des patients ; certes, le monde de la santé a besoin d’investissements majeurs, mais durables ; le prétexte du coût croissant des matériels ne fait que mettre en valeur le vide laissé par l’abandon des pouvoirs publics.

Nous, médecins, pharmaciens, avons notre mot à dire sur cette dégradation acharnée du système public de santé : nous devons l’exprimer avec les autres personnels.

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Publié le :
19 novembre 2025

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